Le Festival panafricain d’Alger, aussi connu sous le nom de Panaf, concrétise la politique panafricaine du pays en mobilisant la culture dans le but de soutenir des mouvements révolutionnaires noirs et africains.

En juillet 2009, la seconde édition du Festival panafricain d’Alger, aussi connu sous le nom de Panaf, est organisée dans la capitale. Le festival rassemble 49 pays africains, Haiti, le Brésil et les États-Unis. On compte notamment parmi les participants de nombreux artistes et écrivains tels que Youssou N’Dour, Magic System, Cesaria Evora, Louis-Philippe Dalembert, Sami Tchak, Djmawi Africa, Isabelle Adjani ou encore Danny Glover. L’ambition de cette édition est de mettre en avant les productions artistiques et intellectuelles africaines à travers de nombreux festivals et événements placés sous le signe de la « Renaissance africaine », tournée vers l’avenir.

Photo : Philippe Ivanez. Festival Panafricain d’Alger (2009)

Quarante ans plus tôt, en 1969, dans un contexte d’effervescence politique, Alger vibrait déjà au rythme du premier Panaf. Rares sont les événements culturels qui ont marqué la ville comme l’a fait ce festival. Considéré comme l’une des plus grandes manifestations culturelles qu’a connu le continent, à partir du 21 juillet – sept ans après l’indépendance du pays – pendant une semaine, artistes et intellectuels africains et américains participent à toute une série de concerts, de conférences et d’expositions. Le festival comprend des célébrations de la culture africaine autour des différentes disciplines artistiques, dans le cadre historique du bouillonnement révolutionnaire des années 1960.

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Parmi les artistes qui participent aux festivités, on compte Miriam Makeba (naturalisée algérienne en 1972), Nina Simone, Archie Shepp, Barry White ou encore Manu Dibango. De nombreux mouvements révolutionnaires dont des représentants de l’ANC sud-africain ainsi que les Black Panthers se joignent à l’événement. Ce dernier vise à mobiliser la culture dans le but de célébrer l’unité africaine et promouvoir la libération des peuples, au coeur de la ville considérée comme la « Mecque des révolutionnaires ». Les Panthers avaient à l’époque installé un centre d’information afro-américain dans le centre-ville de la capitale.

Photo : Bruno Barbey – Eldridge Cleaver et sa femme Kathleen à Alger

Conjointement organisé par le pays et l’Organisation de l’unité africaine, le Panaf est ainsi un événement culturel éminemment politique. Il s’insère dans le cadre du soutien algérien à différents mouvements anticoloniaux et à des organisations noires révolutionnaires ou de défense de droits civiques en pleine guerre froide. Cette fête célébrant l’Afrique dans ses combats et ses espoirs, a été immortalisée par le réalisateur franco-américain William Klein, qui retrace dans « Festival panafricain d’Alger » les activités et scènes de liesse entourant l’événement.

La culture africaine sera révolutionnaire ou ne sera pas.

Le succès du Festival panafricain d’Alger s’explique en grande partie par l’effervescence populaire au lendemain de l’indépendance et l’esprit de solidarité transnationale incarné par le panafricanisme. Comme en témoigne son renouvellement de 2009, les enjeux identitaires, culturels et politiques soulevés par le Panaf restent constamment actualisés dans la société algérienne contemporaine, dont le rapport au reste du continent et à ses diasporas se réinvente en permanence.

Photo : Guy Le Querrec – Nina Simone

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