Les oeuvres colorées de la peintre Baya Mahieddine ont profondément été marquées par son identité algérienne et ont inspiré de nombreux artistes tels Picasso et André Breton.

Baya Mahieddine, née Fatma Haddad en 1931 et plus connue sous le nom de Baya est l’une des figures fondatrices de la peinture algérienne. Se servant de la gouache, l’artiste illustre un monde où les figures féminines se confondent à la faune et la flore dans une explosion de couleurs.

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Originaire d’une famille défavorisée de Bordj El Kifan dans la banlieue d’Alger, Baya est orpheline à l’âge de cinq ans et est recueillie par sa grand-mère employée dans une ferme de colons pour subvenir à ses besoins. En 1943, elle travaille dans la maison de la soeur de la propriétaire, Marguerite Caminat Benhoura, qui remarque l’originalité de ses dessins et modelages.

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Photo: Danseuses aux paons, Baya, 1975

Alors qu’elle est âgée d’à peine 16 ans, elle expose ses oeuvres à Paris grâce au propriétaire de galerie d’art Aimé Maeght aux cotés de Braque et Matisse et travaille dans un atelier en France à Vallauris où elle côtoie Picasso. Ce dernier qui affirmait qu’il lui fallut toute une vie pour peindre comme un enfant voyait tout comme ses contemporains dans les oeuvres de Baya une créativité brute et naïve de l’ordre du surréalisme.

Je parle, non comme tant d’autres pour déplorer une fin mais pour promouvoir un début et sur ce début Baya est reine. Le début d’un âge d’émancipation et de concorde, en rupture radicale avec le précédent et dont un des principaux leviers soit pour l’homme l’imprégnation systématique, toujours plus grande, de la nature.(…) Baya dont la mission est de recharger de sens ces beaux mots nostalgiques:’l’Arabie heureuse’. Baya, qui tient et ranime le rameau d’or.

André Breton dans Baya, Derrière le miroir, Galerie Maeght, Paris, Novembre 1947

L’artiste autodidacte rejette cependant tout au long de sa carrière les labels artistiques conventionnels et revendique un héritage culturel algérien marqué par les influences imazighen, arabes et islamiques.

Baya est la sœur de Schéhérazade. (…) Baya abroge les formes, les classifications et les dimensions : l’oiseau s’étire et devient serpent, arbres et cahutes poussent de guingois, les vases se ramifient, deviennent arborescents comme des queues ou des huppes d’oiseaux. Dans cette sorte de village des origines où cases, arbres et oiseaux sont emmêlés, les paysages et objets baignent dans l’informulé et la liberté du monde placentaire. Aucun centre de gravité n’est admis. Tout l’effort de l’artiste est tendu vers la recherche d’une sorte d’harmonie prénatale que la découverte du monde normé, balisé, anguleux nous a fait perdre.

Tahar Djaout, Shéhérazade aux oiseaux, dans Algérie-Actualité n1146, 1er octobre 1987

Les compositions de Baya glorifient la femme dans un univers clos idyllique exclusivement féminin avec des coupes, fleurs, poissons et oiseaux ainsi que des instruments issus de son mariage avec un musicien du répertoire arabo-andalous. D’aucuns à l’instar de Tahar Djaout ou encore Jean Pélégri y voient une référence à un temps antérieur où les formes et couleurs se mêlent. D’autres, comme Assia Djebar voient également en Baya et ses oeuvres la figure d’un féminisme offrant à la femme la place centrale dans un environnement avec trois obstacles majeurs: le sexe, la classe et la culture.

La sensibilité créative de Baya en fait l’une des figures de proue de l’art contemporain algérien et une source d’inspiration constante voyageant au delà du contexte culturel local avec des expositions aussi bien en Afrique du Nord qu’en Europe, Cuba ou encore au Japon.

Photo: Oeuvre sans titre, Baya, 1967

2 Commentaires

  1. […] Autodidacte, il présente à partir de 1979 ses premières oeuvres et poursuit depuis sa passion artistique pour la peinture figurative et la poésie. Brahim Achir cite parmi ses influences son expérience en Algérie, sa mère dont les lettres étaient empreintes de poésie et les artistes algériens Issiakhem ainsi que Baya. […]

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