Les toiles de Yasser Ameur interpellent le public en l’engageant incessamment dans un questionnement sur ses moeurs et pratiques. 

« Dahka sefra » ou « rire jaune » désigne en darija algérienne un rire hypocrite ou faux. C’est avec la figure d’un homme jaune au crâne rasé, au regard vide et aux traits grotesques que l’artiste originaire de Mostaganem, Yasser Ameur, s’attaque aux moeurs et pratiques jugées hypocrites au sein de la société algérienne dans des toiles socialement engagées.

L’homme jaune est le produit malade et désabusé de sa société. L’approche interpelle et questionne. L’art est alors un moyen d’engager le débat sur des thèmes incluant le droit des femmes, les dérives de la société de consommation, la scène politique et médiatique algérienne, le voyeurisme de la misère, les harraguas ou la traversée de la Méditerranée.

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Né en 1989, Yasser Ameur s’engage tout d’abord dans une formation en Design et se consacre pleinement à l’art suite à l’obtention de son Master en Design de l’environnement. L’artiste aux oeuvres souvent jugées controversées voire subversives expose dès ses débuts en 2011 dans les murs des villes du pays et transforme les cafés populaires en atelier d’inspiration.

Avec un art engagé et des valeurs humanistes, Yasser Ameur mobilise le langage algérien imagé dans le but de véhiculer un message, à l’instar de nombreux artistes dont Youcef Bendraou, El Panchow, ou encore El Moustach.

« Comme je n’arrivais pas à exposer au début, je me suis rabattu sur la rue, je laissais ma trace partout où j’allais via des « attentats picturaux ». Puis j’ai créé une page sur Facebook pour y publier des images de mes tableaux, ce qui a bien marché. L’art ne doit pas se cantonner aux galeries, accessibles qu’à une certaine frange de la population. Il doit aller à l’encontre d’un public plus large, en investissant l’espace public. »

Yasser Ameur pour Jeune Afrique

Nedjma qui représentait l’Algérie chez Kateb Yacine, rencontre « la Vierge à l’enfant » dans une mise en scène où la mère nourrit son enfant à l’aide du pistolet d’un réservoir de gaz, faisant référence à l’économie du pays dépendant des ressources. A l’occasion du 8 mars, une petite fille écrit sa honte d’être une femme, tandis qu’un bouquet de fleurs gît par terre, en référence à la situation des femmes telles que sous-entendue par l’expression « mra hachakoum ».

L’artiste utilise des images fortes avec pour objectif non seulement de susciter l’intérêt du public, mais également de constamment remettre en question certains phénomènes et d’amener un changement des mentalités à travers un dialogue avec le public.

« L’engagement ne consiste pas uniquement à traiter des sujets politiques. Je ne cherche pas un changement politique mais un changement social. Ce dont on a besoin, c’est un changement dans les consciences qui puissent ensuite bâtir la relève politique dans la génération qui se construit actuellement. »

Yasser Ameur pour OnOrient

Avec une esthétique minimaliste utilisant des couleurs vives, les toiles de Yasser Ameur s’exposent sur la toile, dans les murs et galeries du pays (sa première exposition individuelle a été organisée à Seen Art Gallery), ainsi qu’à l’étranger, de Bruxelles en passant par Madrid et Londres. Si ses oeuvres sont souvent jugées comme étant controversées, elles offrent cependant l’occasion d’un engagement artistique humaniste qui a pour but de transformer son environnement à coup de pinceau.

Romance sur l’herbe, Edouard Manet revisité

Photo : Yasser Ameur, Sainte TV – L’homme jaune

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