A sa mort en décembre 2012, Oscar Niemeyer laisse derrière lui plus de 600 oeuvres en 70 ans de carrière. L’architecte a profondément influencé le paysage urbain algérien.

Né à Rio de Janeiro, Oscar Niemeyer est considéré comme l’une des figures emblématiques de l’architecture moderne. Avec un style marqué par des courbes esthétiques de béton, il participe entre autres à la conception de Brasilia qui devient en 1960 la nouvelle capitale administrative du Brésil, et fait partie des onze architectes à l’origine du siège – dans le style international – des Nations unies à New York. A sa mort en 2012 à l’âge de 104 ans, il laisse derrière lui un parcours influencé par son engagement communiste et des oeuvres qui témoignent d’une époque à présent révolue.

« Quand je dessine, seul le béton me permettra de maîtriser une courbe d’une portée aussi ample. Le béton suggère des formes souples, des contrastes de formes, par une modulation continue de l’espace qui s’oppose à l’uniformisation des systèmes répétitifs du fonctionnalisme international. »

Oscar Niemeyer, Les courbes du temps (mémoires), 1997

C’est suite au coup militaire de 1964 au Brésil qu’Oscar Niemeyer se réfugie en France où il réalise notamment le siège du Parti communiste français et l’ancien siège du journal L’Humanité. Durant cette période d’exil, il développe à la demande du président algérien Houari Boumedienne les maquettes d’édifices qui ont pour but d’être un moyen de transmettre une nouvelle vision du pays post-indépendance : un idéal socialiste, moderne et ouvert sur le monde.

«Je suis arrivé en Algérie au bon moment, quelques années après la victoire contre la colonisation. Il y avait encore beaucoup de bonheur, de joie, et une certaine gravité, face aux besoins énormes du peuple algérien que les colonialistes avaient méprisé. Je pense qu’on oublie cela. J’y ai trouvé la meilleure des solidarités. J’ai aimé ce pays, j’ai gardé de l’affection pour lui. J’ai adoré la ville d’Alger si lumineuse et accueillante. Et puis, il y a sa Casbah, construite au XVIe siècle, je crois. C’est un très beau patrimoine, avec ses petites mosquées, ses mausolées, ses maisons blanches presque aveugles pour se protéger du vent. Je m’y suis souvent promené, montant et descendant ses escaliers, ses ruelles qui donnent sur la mer. Ce fut aussi un lieu de luttes pour la libération. La victoire des Algériens contre le colonialisme français a été un moment inoubliable pour moi. Cette victoire fut celle de l’humanisme contre l’oppression coloniale. Un tel combat mérite le respect.»

Oscar Niemeyer, propos recueillis par Smail Hadj Ali en 2005

Photo : Maquette de la Grande mosquée d’Alger par Richard

L’architecte réalise les plans de près de douze édifices, dont le projet de la Grande mosquée d’Alger. Accepté par le président algérien, le plan de ce monument révolutionnaire comprenait une mosquée suspendue au-dessus de la mer reliée par une superstructure. Toutefois, du fait de la mort de Boumedienne en 1978, seuls trois projets sont achevés : l’Université des sciences et de la technologie Houari-Boumedienne près d’Alger, l’Université Mentouri à Constantine, et la salle omnisports du complexe olympique, aussi connue sous le nom de Coupole.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Au delà de leur aspect esthétique, les oeuvres d’Oscar Niemeyer ont souvent également une portée symbolique. Ainsi, la Coupole est traversée par deux axes de 54 et 62 mètres en référence à la révolution algérienne (1954-1962). L’Université de Constantine quant à elle représente non seulement un défi architectural évoquant le relief de la ville mais sa conception avait aussi pour objectif d’éliminer les clivages et les divisions entre les disciplines.

Photo : Jason Oddy, Université Mentouri à Constantine

« Parmi tous les projets réalisés, celui de l’Université de Constantine tient une place particulière, pour plusieurs raisons. D’abord c’était un défi architectural. Je voulais que le béton obéisse à mon esthétique dans le cadre du relief dramatique et accidenté de Constantine, une ville accrochée à un rocher, et comme suspendue dans le vide. (…) Lorsqu’il m’arrive en privé ou en public de parler de mon travail, des choses que j’ai réalisées, je dis toujours que l’Université de Constantine fait partie de mes réalisations les plus accomplies.

L’idée était de casser les clivages, les divisions, les dichotomies disciplinaires insensées et de créer des passerelles entre les disciplines afin que les étudiants bénéficient de connaissances plus articulées entre elles. (…) Pour en revenir à l’Université de Constantine, je pense qu’il n’en existe aucune dans le monde qui soit comparable.

Oscar Niemeyer, propos recueillis par Smail Hadj Ali en 2005

Photo : Jason Oddy – Coupole

A sa mort en décembre 2012, Oscar Niemeyer laisse derrière lui plus de 600 oeuvres en 70 ans de carrière. En 1988, il obtient le prix Pritzker, considéré comme le prix Nobel d’architecture, récompensant les travaux d’architecture. Il garde une place majeure dans l’histoire de l’architecture moderne et a profondément influencé le paysage urbain algérien.

« A un jeune Algérien, qui étudie l’architecture, je dirai une ou deux choses : il faut connaître son pays, apprendre à l’aimer et il faut, c’est essentiel, lire, lire des romans, de la poésie, pour nourrir son imaginaire. C’est cela qui fera de lui un architecte qui vit avec son époque, avec son temps. C’est comme cela qu’il pourra participer à la transformation de la société dans laquelle il vit et qu’il sera un homme libre. » 

Oscar Niemeyer, propos recueillis par Smail Hadj Ali en 2005

Photo : Michel Moch – Université Mentouri à Constantine

LAISSER UN COMMENTAIRE

Veuillez entrer votre commentaire ici
Veuillez entrer votre nom ici