Le tatouage traditionnel en Algérie est une pratique pré-islamique en voie de disparition que l’on retrouve en particulier chez les femmes issues des générations précédant l’indépendance du pays. 

 

Le tatouage est un dessin esthétique et symbolique réalisé sur la peau en déposant de l’encre entre le derme et l’épiderme. On rencontre cette tradition de l’Afrique du Nord à l’Océanie en passant par le Moyen Orient. Le terme provient du tahitien tatau signifiant dessiner ou marquer la peau. En Algérie, sa pratique traditionnelle est appelée lewcham ou el-âyacha désignant celui qui fait vivre, ce qui dénote la fonction thérapeutique ou protectrice qui lui est conférée.

Le tatouage traditionnel en Algérie est une pratique pré-islamique en voie de disparition que l’on retrouve en particulier chez les femmes issues des générations précédant l’indépendance du pays.

Photo : Yasmin Bendaas, pour le Centre Pulitzer
Bien que de nombreux travaux documentent la pratique sous sa forme japonaise, néo-zélandaise (Maoris) voire même marocaine et tunisienne, le tatouage traditionnel en Algérie n’a été l’objet que d’un nombre limité de recherches. Cette absence a laissé libre cours au développement de nombreux mythes sur son origine. Certains limitent les tatouages à la simple expression d’une appartenant tribale, d’autres encore rattachent l’origine de la pratique à la volonté des femmes de s’enlaidir dans le but de se protéger des soldats français durant la colonisation.

Selon l’anthropologue Yasmin Bendaas, ce dernier mythe n’est pas dénué de fondement puisque durant la colonisation certaines femmes ont effectivement adopté des tatouages à des fins politiques. Ces derniers auraient été empreints de symboles locaux de résistance et de protection masculins, à l’instar du burnous et du rikab utilisé par les cavaleries.

La chercheuse, qui s’est intéressée aux tatouages traditionnels des femmes chaoui de la région des Aurès, souligne que le manque de connaissance sur la signification des tatouages traditionnels indique que la tradition était déjà en voie de disparition bien avant que les générations actuelles ne se fassent tatouer durant les années 1930 et 1940. De plus, les symboles choisis étaient souvent choisis par le(la) tatoueur(euse) plutôt que par la personne tatouée, rendant la recherche de sa signification et de son origine d’autant plus difficile à déterminer.

En effet, de nombreuses femmes de la région se sont faites tatouer par celles que l’on nomme « adasiyat », des femmes appartenant à des populations nomades originaires du Sahara algérien, de l’Oranie ou de la Tunisie. Pour Yasmin Bendaas, les adasiyat échangeaient leurs services de tatouage en échange de denrées ou produits divers. La pratique du tatouage traditionnel aurait disparu avec la fin de cette forme de commerce, en conjonction avec l’alphabétisation et la diffusion de pratiques religieuses interdisant les modifications corporelles.

Dans la description des nomades, les interviewés notent que la adasiya parlait arabe, ce qui expliquerait pourquoi les noms des tatouages sont en arabe et non en chaoui. Le mari de Masouda se souvient que la adasiya était une femme qui voyageait par cheval avec ses cheveux tressés  de chaque coté. Elle toquait de porte en porte et acceptait souvent de la farine, des oeufs et des chaussures à la place de l’argent pour ses services.

Yasmin Bendaas

Le tatouage a de multiples fonctions. Il est tout d’abord esthétique dans un contexte où les tatouages étaient des marqueurs de beauté et de féminité. Le tatouage met aussi en scène plusieurs symboles. Chaque symbole, de la lune à l’oeil de la perdrix (ain el hajla), est placé dans un endroit particulier et comporte sa propre signification. La perdrix par exemple est représentée avec un losange du fait d’un losange blanc présent sur la tête et la gorge de l’animal. La perdrix en Algérie est un oiseau qui est souvent associé à la beauté et à la grâce. Les tatouages placés sur la poitrines ou au dessus des chevilles font usage de motifs représentant la fertilité, tandis que ceux qui sont placés sur les bras tendent à mettre en scène des scorpions ou des gazelles.

Photo: Symboles de la tribu des Ouadhias – M. (père blanc) Devulder

La fonction du tatouage est également thérapeutique, il vise à favoriser la fécondité ou protéger du mauvais sort (pouvoir magique) et guérir des maladies en l’absence de docteurs. Lorsqu’ils sont des outils de guérison, les tatouages étaient aussi mobilisés par certains hommes.

Enfin, selon la linguiste Lucienne Brousse, le tatouage est aussi un marqueur de statut social et d’appartenance clanique. Dans son ouvrage Beauté et identité féminine : Lewcham, elle s’est lancée dans un exercice de reconstitution et d’interprétation des dessins réalisés par Eliane Ocre, alors infirmière en Algérie et qui avait recueilli des centaines de symboles de tatouages traditionnels.

La palme

Les relevés représentant la palme, provenant de la région de Touggourt, au sud-est d’Alger, sont des dessins particulièrement riches qui, sauf exception, ne sont pas figuratifs. La palme, tout comme le palmier, a pour certaines femmes le statut (non-dit) de « déesse-mère », source de la richesse et figure protectrice à l’instar de l’ombre protectrice du palmier.

Lucienne Brousse

Photo: Tapis algériens – Ministère de l’aménagement du territoire, du tourisme et de l’artisanat

Si le tatouage traditionnel disparaît au fil des mutations de la société, les symboles ont cependant été transmis de génération en génération. En effet, à travers les peintures rupestres ou l’artisanat dont le tissage, la poterie, la broderie, la peinture ou encore la gravure, ils occupent une place unique dans les arts et constituent un élément fondamental du patrimoine algérien.

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