Cet article fait partie de notre dossier sur le graffiti algérien. Pour lire la seconde partie portant sur le street art dans le pays, cliquez ici

Le terme graffiti fait référence aux inscriptions ou dessins réalisés sur des murs, monuments et objets, souvent situés dans l’espace publique. La notion est dérivée du singulier italien graffito désignant le stylet à écrire et renvoie à des formes de pratique sociale remontant à l’Antiquité avec notamment les exemples d’inscriptions politiques de Pompéi.

De simples écritures aux dessins plus élaborés, le graffiti se décline sous de multiples formes et emploie de nombreux outils, dont la peinture aérosol, les pochoirs et les marqueurs. Il est souvent mobilisé dans le but de véhiculer un message social et politique par le biais de référents culturels locaux ou internationaux.

Photo: Albatros11 (Samir Bzk)

Dans le cadre de tensions sociopolitiques, les murs deviennent partie intégrante d’une zone de conflit où différents discours anonymes s’affrontent en se passant de filtre ou d’intermédiaire. En Algérie, le graffiti a accompagné les différents évènements majeurs ayant marqué le pays à travers une expression dans les diverses langues présentes dans le pays. Ce mode d’expression a graduellement évolué et est à présent intimement associé au street art de plus en plus populaire.

Si les murs pouvaient parler: Le graffiti et les tensions sociopolitiques

Les murs représentent dès la guerre de libération nationale algérienne une tribune où des discours contradictoires se font face. En effet, devant un espace d’expression restreint, c’est contre des édifices que s’appliquent les graffiti appelant au ralliement en faveur de l’indépendance. Les graffiti permettent un accès direct et libre au public dans l’anonymat et laissent une trace indélébile dans certains cas, telle la célèbre inscription capturée par le photographe Marc Riboud : « Un seul héros, le peuple« .

Suite à l’indépendance en 1962, les murs demeurent un espace où les conflits et tensions sociopolitiques trouvent une expression libre. De la sorte, le soulèvement populaire d’octobre 1988, l’ouverture subséquente du champ politique ainsi que la décennie rouge de violence qui s’ensuit transforment constamment les murs en chant de bataille.

Le printemps noir de Kabylie du début des années 2000 voit quant à lui le développement de graffiti aux revendications identitaires et culturelles avec la populaire déclinaison tifinagh du Z Tamazight, symbole de l’appartenance amazigh.

“Durant les périodes de tension politique, on assiste souvent à la prolifération de ce phénomène dans la sphère publique”

Karim Ouaras, spécialiste des sciences du langage

Graffiti: « Il ne faut pas salir »

Ces dernières années ont cependant vu les graffiti à caractère sociopolitique se faire de plus en plus discrets au sein des grandes artères des villes d’Algérie.

Ils demeurent néanmoins présents et appellent pour les uns à d’avantage d’insertion sociale des laissés-pour-compte avec par exemple des appels à une meilleure prise en charge des handicapés, évoquent la harga, exhibent les appartenances à différentes houma, ou exhortent pour les autres les passants à davantage de conscience environnementale et hygiénique.

Les murs d’Algérie assistent également à l’émergence et au foisonnement d’un nouveau genre d’expression visuelle: Le street art, mobilisé dans le but de réhabiliter les édifices et de se réapproprier l’espace public tout en véhiculant un message engagé.

Photo: Art Zenkawi, oeuvre de Sneak

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