Les oeuvres de l’artiste algérienne Amina Menia questionnent les notions de patrimoine et de pratiques urbaines dans un dialogue constant avec le public.

Amina Menia est une artiste algérienne à l’approche résolument non-conventionnelle. Après l’obtention de son diplôme à l’École supérieure des beaux-arts d’Alger, elle se lance dans une carrière artistique marquée par une réflexion originale autour des questions de patrimoine architectural et de gestion urbaine.

A travers ses oeuvres mêlant sculptures et installations, l’artiste invite l’audience à la participation et à l’interaction dans le but de déconstruire et réévaluer son rapport aux « espaces historiques ». Dans le même temps, le travail d’Amina Menia offre une réflexion quant aux espaces d’exposition en Algérie en remettant en question les conventions artistiques locales.

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Ainsi, avec le projet Extra-Muros, Amina Menia visait à mettre en place des installations éphémères aux quatre coins d’Alger afin d’encourager les habitants à se réapproprier la ville. Il s’agissait alors aussi de confronter directement les obstacles symboliques évoquant les thématiques de confiscation d’espaces et de mémoire.

Le travail d’Amina Menia n’est cependant pas dépourvu de controverse. Toutes ses techniques, en porte à faux vis-à-vis d’une certaine orthodoxie artistique, lui ont fréquemment été reprochées. En effet, il surprend tout d’abord en ce qu’il se démarque de la scène artistique locale avec notamment l’utilisation de matériaux urbains du quotidien (tels les échafaudages) et se caractérise ensuite par sa remise en question de pratiques urbanistiques souvent liées aux politiques de gestion de la ville (les méthodes de restauration au sein de la Casbah par exemple).

L’intérêt que j’éprouve pour l’architecture est basé sur le fait qu’il s’agit d’une archéologie de la culture, de l’histoire et des caractéristiques de la ville. C’est le territoire symbolique des frénésies des Hommes et de leurs désirs de pouvoir.

Photo: Chrysanthemums

L’artiste pousse alors à la réflexion autour du patrimoine et de l’architecture au fil de ses oeuvres avec notamment le projet Chrysanthemums, qui explore la thématique des monuments chargés d’histoire.

Avec Enclosed, elle retrace comment la figure de proue de l’art moderne algérien, M’hamed Issiakhem a choisi de conserver l’oeuvre de Paul Landowski, le Pavois avec un coffrage en béton, afin de le conserver et d’éviter sa destruction.

« J’ai découvert à quel point la vie et le travail d’Issiakhem étaient liés à toutes les transformations qui se sont déroulées en Algérie pendant plus de deux décennies. Il représentait le projet sociopolitique de la nouvelle république algérienne. Il a toujours été d’abord un combattant pour la liberté avant d’être un artiste. Il cristallise une certaine « Algérie », qui demeure aujourd’hui, tentée de nostalgie. Il a influencé toute une génération d’artistes, et aujourd’hui encore, les jeunes artistes revendiquent son héritage. »

Amina Menia pour Enclosed

Photo: Mauresque, Entrelacs de métal soudé, Biennale de Ponteveda (2008)

Le projet de l’artiste s’insère ainsi dans une volonté de réhabiliter l’espace public pour tous et de se réapproprier la géographie et l’histoire d’Alger malgré les divers traumatismes que ses habitants ont vécu et qui ont affaibli la vie urbaine locale. En interaction constante avec l’audience, ses oeuvres minimalistes portent alors un message engagé prônant les changements sociaux.

Les oeuvres d’Amina Menia ont été exposées du Musée d’art moderne d’Alger au Musée national de Carthage, en passant par la onzième Biennale de Sharjah, le Musée de design africain de Johannesburg et le Royal Hibernian Academy de Dublin.

Photo: Amina Menia

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