Lotfi Bouchouchi, réalisateur du film Le puits. JCC 2015

L’impulsion étatique durant la période suivant l’indépendance du pays permit au cinéma algérien de poser ses marques pour devenir l’un des emblèmes du genre postcolonial. La crise économique des années 1980 ainsi que la décennie noire virent cependant le secteur culturel durement affecté par le retrait de l’État et la disparition progressive de nombreux soutiens à la culture cinématographique. Des politiques d’investissement au début des années 2000 ont toutefois conduit à revaloriser l’industrie.

Le retour du rôle de l’État dans la promotion culturelle

Agence  algérienne pour le rayonnement culturel 

Créée en 2005, l’Agence algérienne pour le rayonnement culturel (AARC) a pour siège la villa Abd-el-Tif datant du XVIIIème siècle. Dotée d’un centre de documentation, l’institution organise des évènements, accompagne la production, le soutien et la promotion d’œuvres culturelles. Une fusion entre l’AARC et l’Office de Riadh El Feth, rattachée au Ministère de la culture est prévue en septembre 2016.

Le début d’une période de stabilisation politique en Algérie fut  dès 2003 l’opportunité d’un engagement de l’État dans le secteur du 7ème art. Ce dernier prit entre autres la forme de la mise en place d’institutions telles l’Agence algérienne pour le rayonnement culturel, fournissant un soutien aux projets culturels dont les productions cinématographiques, et qui devint progressivement le principal entrepreneur culturel dans le pays.

Le retour de l’État se remarque aussi par la mise en place de nombreux festivals et évènements culturels, visant à valoriser les productions algériennes, renforcer la culture cinématographique mais également à fournir un soutien aux artistes algériens.

Ainsi, ce sont près d’une trentaine de productions cinématographiques, dont 14 longs-métrages qui ont pu voir le jour dans le cadre de l’évènement « Alger, capitale 2007 de la culture arabe ». Tandis que des colloques, sessions de formations ainsi que 14 productions dont Le Patio de Sid-Ali Mazif ont été approuvés en vue de l’évènement « Constantine, capitale 2015 de la culture arabe ».

Cinema algérienD’autres rencontres et évènements culturels ont aussi permis d’apporter un dynamisme constant à l’industrie, avec des festivals qui incluent le Festival d’Oran du film arabe, le Festival international du cinéma d’Alger, les Rencontres cinématographiques de Bejaïa, les journées cinématographiques d’Alger,  le Festival du film moderne algérien de Tuviret (Rouiba), ou encore le Festival national annuel du film amazigh. Ces rencontres sont alors également l’occasion de la formation d’ateliers ainsi que de conférences débats.

Une diffusion cinématographique créative

L’un des éléments sous-jacents au recul de la place du cinéma dans le pays durant la décennie noire est directement lié à la question des salles et canaux de diffusion.  De la sorte, pour réhabiliter les salles de diffusion et promouvoir le cinéma Algérien, le Centre national du cinéma et de l’audiovisuel (CNCA), fut mis en place en 2004. Ce dernier organise depuis cette date de nombreux évènements ou projets visant à encourager la diffusion de la culture cinématographique même au sein des villages les plus reculés aux quatre coins du pays, à travers ses caravanes du cinéma itinérant. Cet enjeu a aussi fait l’objet d’un des tout derniers projets de l’Agence algérienne pour le rayonnement culturel, avec l’organisation de projections de films algériens en plein air dans différentes villes du pays.

Un cinéma algérien dépendant de l’État?

Qu’il s’agisse du retrait ou de l’engagement de l’État, le cinéma algérien semble évoluer au gré de la volonté politique. Les dynamiques propres au secteur ont montré cependant une forme de dépendance au contexte politique et aux investissements étatiques. La récente crise économique fait alors craindre des restrictions budgétaires et un nouveau retrait relatif du rôle de l’État. De ce fait, d’aucuns suggèrent que la santé du cinéma sur le long terme dépendra du degré d’engagement d’acteurs privés.

Le film Le patio du réalisateur Sid Ali Mazif

Miroir de la société, le septième art renait cependant progressivement de ses cendres, sous l’impulsion d’une génération mêlant enjeux actuels et réflexion sur un récent passé douloureux. Le cinéma algérien a également pu bénéficier d’une politique culturelle offrant de nouvelles opportunités à travers la mise en place de nombreux évènements, programmes de financement, festivals nationaux et de prix récompensant les acteurs de l’industrie, qui ont permis non seulement de cultiver de nouveaux talents mais aussi de mettre en valeur la production locale.

La volonté politique reste donc au coeur du dynamisme du 7ème art, Car comme l’a affirmé le réalisateur Djamel Bendeddouche « C’est cette volonté politique qui favorisera la réunion des conditions nécessaires à la relance du cinéma algérien, et créera un climat propice à la création cinématographique».

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