Après cinq années marquées par des prestations et initiatives mettant en valeur le haïk traditionnel, Belaredj tire sa révérence.

Ce samedi 18 mars, le groupe Belaredj a organisé sa cinquième et dernière prestation visant à valoriser le voile traditionnel algérien aux origines ottomanes, le haïk, et à se réapproprier les ruelles et grandes avenues d’Alger. Comme lors des rencontres précédentes, l’initiative a vu de nombreuses femmes portant l’habit ancestral satiné défiler dans la capitale.

Photo: Samir Abchiche – Souad Douibi dans la Dernière kaada.

Mis en place en mars 2013 par la jeune artiste Souad Douibi, le mouvement Belaredj a alors atteint l’objectif de cette diplômée des Beaux arts d’Alger en conférant au haïk une place centrale dans le paysage culturel algérois. L’artiste plasticienne et animatrice d’ateliers d’art-thérapie avait déjà en 2015 évoqué la fin du projet, tout en confirmant qu’il s’agit également du début d’un nouveau chapitre artistique.

Aujourd’hui Belaredj est arrivé à son but, tout le monde parle du Haik, et pour bien faire les choses on a encore deux ans de travail avant de passer à autre chose, à une nouvelle vision Haik.
Nos performances en ville ne vont pas s’arrêter le jour où on fêtera nos cinq ans d’existence, car la flamme sera confiée à la génération qui nous suit, avec leurs idées, leurs créativités et leur nouveau souffle.

La dernière performance a été marquée par la lecture de poèmes en arabe et en français  au sujet de la femme et écrits par des femmes, accompagnée par la mélodie chaabi d’un musicien. Le programme s’est déroulé de Hussein Dey à la Grande poste, en passant par la Pêcherie et la Casbah (au palais Mustapha Pacha).

Photo: Imad Belmokhtar – Belaredj

Les participantes ont porté leur haïk assorti de la mramma attachée à la taille, avec un visage partiellement dissimulé sous la voilette triangulaire appelée aadjar. Certaines ont agrémenté leur tenue d’un panier, la qoffa.

 Aux origines du nom

Belaredj signifie cigogne, en référence aux figures filiformes blanches des femmes portant le haïk. La chanson de Fadila Dizria, Ya Belaredj aurait donné son nom au collectif d’artistes.

Ce projet de promotion du patrimoine et de l’art algérien a représenté une forme de résistance dans un contexte où les actions culturelles sont difficiles à organiser. Le collectif a alors permis d’insuffler un nouveau souffle au haïk pour replacer le vêtement dans la modernité tout en dynamisant la vie culturelle de la capitale.

Chaque événement contient une composante de valorisation de la culture et de l’histoire algérienne. Les chants et dictons traditionnels (boukalat) sont partagés au coeur de la Casbah, tandis que des performances dans des lieux symboliques de la ville sont organisées dans le but d’atteindre le grand public dans des espaces historiques.

Pour Souad Douibi, il s’agit surtout de se réapproprier une richesse patrimoniale souvent délaissée. Le haïk a en effet de nombreuses connotations, de symbole de résistance durant la guerre d’indépendance à attribut de beauté. On rapproche ainsi les figures des femmes le portant à celui des colombes.

Photo: Nourdine Atacama – Belaredj

Bien que les prestations de Belaredj tirent à leur fin, les artistes du collectif laissent cependant derrière eux un élément du patrimoine revivifié et une capitale marquée par une action culturelle et artistique se réappropriant la ville qui inspirera beaucoup d’Algérois.

Photo: Ibn Ibn BattutaBelaredj, Souad Douibi

LAISSER UN COMMENTAIRE

Veuillez entrer votre commentaire ici
Veuillez entrer votre nom ici