Récit de onze livres, les Métamorphoses d’Apulée sont l’un des précurseurs du roman picaresque et le seul roman latin qui subsiste dans son intégralité. 

Au nord-est de l’Algérie, dans la wilaya de Souk Ahras, se dressent les ruines de l’antique Madaure. Cité où Saint Augustin effectue ses études dès ses quinze ans, la postérité de Madaure est intimement liée à celle d’Apulée, l’auteur du seul roman latin qui subsiste dans son intégralité.

Photo : Redjem Youcef – Madaure
Photo : Portrait tardif d’Apulée (IVème siècle)

Né vers 125 ap. J.-C. à Madaure, Apulée se dit « demi-Numide et demi-Gétule ». Philosophe medio-platonicien, il étudie l’éloquence et utilise la fortune laissée par son père qui exerçait la fonction de duumvir (magistrat) pour voyager et s’instruire, de Carthage à Athènes en passant par Rome, Samos et Oea.

Initié aux cultes à mystères apparus avant l’ère chrétienne dans le monde gréco-romain, Apulée est l’auteur de Florida et de l’Apologia ou Plaidoyer pour soi-même : De la magie. Cet ouvrage serait une retranscription de la plaidoirie d’Apulée lors d’un procès tenu à Sabratha où il était accusé d’avoir usé de sortilèges dans le but d’obtenir l’affection d’une riche veuve qu’il a épousé, Pudentilla.

Toutefois, son oeuvre la plus célèbre demeure les Métamorphoses, aussi connue sous le nom de L’âne d’or. Récit de onze livres, il s’agit d’un des précurseurs du roman picaresque et le seul roman latin qui subsiste dans son intégralité.

Je vais, dans cette prose milésienne te conter toute une série d’histoires variées et flatter ton oreille bienveillante d’un murmure caressant – pourvu que tu daignes jeter les yeux sur ce papyrus égyptien, que la pointe du roseau du Nil a couvert d’écriture – et tu t’émerveilleras en voyant des êtres humains changer de nature et de condition pour prendre une autre forme, puis par un mouvement inverse se transformer à nouveau en eux-mêmes.

A l’histoire du protagoniste et narrateur curieux transformé par accident en âne, Lucius, s’ajoutent tout au long de l’ouvrage des récits divers, à l’instar du conte de Cupidon et Psyché, de l’histoire de Socrate et de Thelyphron ou encore de la marâtre empoisonneuse. Les Métamorphoses offrent un témoignage rare sur les différentes classes sociales des sociétés gréco-romaines de l’époque (en particulier les plus pauvres) et sur leur intérêt pour le mystique et la magie. Les Métamorphoses sont alors l’occasion d’un voyage spirituel en ce que le passage par l’état d’âne résulte en l’apprentissage de la condition humaine.

Le récit d’Amour et Psyché inspirera de nombreux artistes, à l’instar du sculpteur Antonio Canova. Photo : Musée du Louvre / Raphaël Chipault

L’oeuvre d’Apulée présente également la particularité d’offrir un tableau des relations complexes entre les cultures à travers la figure d’un personnage voyageant de la Grèce à Rome et achevant son aventure en tant que prêtre d’une divinité égyptienne.

Photo : Redjem Youcef – Madaure

Car le parcours d’Apulée est en effet marqué par la construction d’une identité plurielle. Rhéteur s’exprimant aussi bien en latin qu’en grec, Saint Augustin dit de lui : « Chez nous, Africains, Apulée, en sa qualité d’Africain, est le plus populaire ».

Photo : Mosaïque de l’âne à Istanbul

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